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Diener & Diener

07 septembre 2011


Un ouvrage important consacré à l'agence Diener & Diener vient de paraître aux éditions Phaidon Press à Londres. Cette publication qui met en lumière le travail de cet atelier d'architecture basé en Suisse couvre trente années de projets et de constructions en Europe. Joseph Abram, enseignant à l'École nationale supérieure d'architecture de Nancy, y décrypte les créations de l'agence bâloise en proposant une lecture théorique de sa pratique de projet. Cette monographie, richement illustrée, notamment avec des documents inédits, a été réalisée en collaboration avec Roger Diener et Martin Steinmann.

QUESTIONS A JOSEPH ABRAM, architecte enseignant à l'ENSarchitecture de Nancy






1) Vous analysez, dans votre essai, le parcours de Diener & Diener. Quel est votre lien avec ces architectes ? Quand et comment avez-vous découvert leur travail ?

C'était à la fin des années 1980. Je préparais une exposition au Musée d'Architecture de Bâle. J'ai profité de ce séjour pour marcher longuement dans la ville et j'ai été émerveillé par la qualité des constructions des années 1950-1960. C'est lors de la présentation de l'exposition au musée que j'ai rencontré Roger Diener. Nous avons parlé de l'architecture bâloise. Je lui ai demandé de m'indiquer, sur un plan, les constructions modernes qu'il jugeait importantes et aussi, par curiosité, celles qu'il avait lui-même réalisées... Certains bâtiments que j'avais admirés dans la ville étaient de son père, Markus Diener, d'autres de Salvisberg, d'Hermann Baur, de Rasser & Vadi, de Hans Fischli... Roger Diener venait d'achever plusieurs immeubles... J'ai commencé à m'intéresser à son travail. En vingt ans, j'ai écrit une dizaine de textes sur son œuvre, qui ont donné lieu, chaque fois, à des échanges passionnants, où se sont noués de solides liens d'amitié…

2) Comment pourriez-vous définir, en quelques mots, la ligne architecturale de Diener & Diener ?

Ce qui me semble important dans le travail de cette agence, c'est son rapport généreux à la ville, quelle que soit la nature des situations rencontrées : centres urbains, quartiers historiques, friches industrielles, zones délaissées... Il y a dans la pratique rigoureuse de cette équipe une formidable inventivité. Si la discrétion et la banalité ont été ses mots d'ordre aux cours des années 1980, cela ne l'a pas empêché de mener un travail énergique sur la forme. Alors qu'un peu partout en Europe, on se complaisait dans le formalisme urbain, Diener & Diener proposait une approche raisonnée de la ville. La hiérarchisation des échelles, la prise en compte des usages quotidiens et du statut symbolique des espaces, la bonne qualité constructive, le respect des conventions, la pertinence des matériaux, ont donné à ses premières réalisations une valeur de modèle. Ce qui est remarquable dans le parcours de cette agence, c'est sa capacité de renouvellement à l'intérieur d'un cadre théorique clairement défini. En trente ans, elle a accompli une sorte de révolution tranquille. Son œuvre est l'une des plus cohérentes de l'architecture contemporaine.

3) Diener & Diener a livré, l'an dernier, l'extension du Musée d'histoire naturelle de Berlin. Dans quelle mesure cette réalisation s'inscrit-elle dans sa trajectoire créative ?

Ce projet est issu d'un concours remporté par l'agence en 1995. Il s'inscrit dans la continuité d'une série d'expériences novatrices qui ont pour point commun la transformation et l'extension de bâtiments anciens. Je pense à des réalisations comme le centre d'art de Bienne, installé dans un ancien hôpital prolongé par un édifice cubique, à l'ambassade suisse de Berlin, qui jouxte un palais néoclassique avec lequel elle fait corps, mais aussi à certains projets non réalisés comme la Galerie nationale d'art moderne à Rome ou le musée de Pergame à Berlin. Ce qui fait la qualité de ces projets, c'est leur totale imbrication dans l'existant et leur aptitude à se soustraire à toute posture langagière, si fréquente, hélas, lorsqu'il s'agit d'intervenir sur des monuments historiques. Il n'y a pas d'écart de méthode, chez Diener & Diener, entre ce type d'interventions et les autres expérimentations, comme si tout projet architectural comportait pour eux une dimension archéologique susceptible d'assimiler le passé au présent…


 

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