PROFESSION     

Décès de l’architecte Claude PROUVE

10 janvier 2012



Issu d'une famille d'artistes nancéiens dont le nom est attaché, depuis l'art nouveau, au prestige culturel de la capitale lorraine, Claude Prouvé exprime très tôt sa passion pour la peinture et pour l'architecture. Enfant, il se plonge dans les Cahiers d'Art, la revue de Christian Zervos à laquelle il doit, dit-il, sa "première initiation artistique, en noir et blanc". Il lit Le Corbusier, dont il découvre les livres dans la bibliothèque de son père -le célèbre constructeur Jean Prouvé- et cette lecture le captive : "J'admirais Le Corbusier à la mesure de l'estime qu'en avait mon père, et cela fut peut-être à l'origine de mon désir de devenir architecte". En 1948, après de solides études techniques, il entre à l'école des Beaux-arts de Nancy. Dans cet établissement encore marqué par la tradition de l'art nouveau, la section d'architecture, bien qu'indépendante, côtoie les ateliers de bois et de métal, de gravure et d'imprimerie. Claude se familiarise avec tous ces savoirs concrets, qu'il se refuse à détacher de l'architecture. Commencées sous la direction de l'architecte nancéien Mienville, ses études se poursuivent, après son service militaire (1953), avec des professeurs tels que Paul Lamache et Michel Folliasson.

C'est en 1954, grâce à la construction de la maison de ses parents sur les hauteurs de Nancy, qu'il reçoit "sa plus belle leçon d'architecture". Sur les indications de son père, il dessine les plans de la maison à partir d'éléments hétérogènes de structure, de couverture et de façades, selon un système constructif léger, dont le montage ne demandera que quelques semaines. Sur ce terrain en pente, presque inconstructible, la maison s'étire sur une bande terrassée en déblais et remblais, livrant à la nature alentour son incroyable économie de matière.

A cette période, son père, qui vient de perdre ses ateliers de Maxéville, se tourne vers Paris, où il fonde "Les constructions Jean Prouvé". Claude le rejoint. Il restera dix-huit mois à ses côtés, participant à divers projets (aménagement de la galerie Steph Simon, études de la façade du CNIT, buvette d'Évian-Cachat, maison de l'abbé Pierre...). En 1957, il rentre à Nancy pour achever ses études d'architecture. Il travaille parallèlement chez Dominique Louis, l'un des meilleurs praticiens de la ville. En 1962, il entreprend un voyage vers l'Iran pour participer aux fouilles archéologiques de Toureng Tépé, près de Gurgan. Il rejoint le site au terme d'un long périple, qui le conduit d'abord au Liban, où il visite Byblos et Baalbek, puis en Iran, de Téhéran à Shiraz, puis vers le nord, à travers le Kurdistan et l'Azerbaïdjan.
En 1963, il se marie avec Claudine André, la fille de l'architecte Jacques André, chez qui il travaille comme salarié. Il présente son diplôme en 1965 sur le thème de "l'habitat par l'industrie". Cette étude, très fouillée sur le plan technique, sera bien accueillie par son rapporteur (Louis Arretche) et par les membres les plus novateurs du jury (Georges-Henri Pingusson, Edouard Albert). En 1966, il s'associe avec Jacques et Michel André. Grâce à son long apprentissage (il a 36 ans lorsqu'il obtient son diplôme), Claude bénéficie d'une connaissance complète du métier d'architecte, de l'esquisse au chantier. En 1967, il réalise avec son père le Palais des Expositions de Grenoble (hall de 24.000 m2 avec portées de 36 mètres, porte-à-faux périphérique de 18 m, et façades suspendues).

Sa maîtrise de constructeur transparaît dans le tri postal de Nancy (1970-1972). Situé à proximité de la gare, au milieu d'un vaste territoire constitué, d'un côté, par les voies ferrées, de l'autre, par un centre commercial, l'édifice établit un subtil équilibre entre l'urbanité élégante d'un immeuble de bureaux et la puissance primitive d'un bâtiment industriel. Il accède à cette identité complexe par le seul jeu des réponses fonctionnelles et techniques à un programme bien formulé. La parcelle, trop exiguë pour permettre un déploiement horizontal des opérations de tri, fut utilisée aux limites. D'où la réalisation d'un bâtiment de quatre niveaux, conçus comme autant de plateaux libres (24 m x 72 m), séparés d'une hauteur de 6 m, afin de loger aisément les machines. Ces plateaux, construits sur une ossature béton à larges travées (9 m x 12 m) peuvent recevoir des charges de plus 1500 kg au m2. Avec ses murs rideaux aux membrures d'aluminium garnies d'émalite et de verre, et ses tours de service qui expriment, jusque dans la texture striée de leurs bétons, le mouvement des coffrages glissants, ce bâtiment est un des chef-d'œuvres de l'architecture moderne tardive.

En 1969, dans la lignée de son diplôme, Claude Prouvé fonde avec son père et l'ingénieur Georges Quentin, la Société Industrielle de Recherche et de Réalisation de l'Habitat (SIRH) pour répondre à la demande des Houillères du Bassin de Lorraine qui souhaitaient s'investir dans le domaine du bâtiment. D'abord soutenue par l'Etat, cette aventure industrielle sera brusquement interrompue en 1974. Elle aura, pour Claude Prouvé, des conséquences financières désastreuses auxquelles il saura faire face avec la plus grande dignité. En 1975, il réalise une maison de vacances en Corse avec des éléments standards en bois. De 1975 à 1994, il construit de nombreux édifices publics dans la région lorraine (piscine universitaire à Nancy, école maternelle à Herserange, tri postal de Bar-le-Duc, agence bancaire à Epinal...). Sa pratique quotidienne du dessin (à l'encre, au crayon, à la craie) ont fait de lui un authentique artiste. Une grande exposition de ses œuvres plastiques a été organisée à Nancy en l'an 2000.
(Joseph Abram Notice sur Claude Prouvé, Encyclopaedia Universalis, Paris, 2001)

Claude PROUVE s'est éteint hier lundi 9 janvier 2012 à l'âge de 82 ans.

Vue de l'école maternelle de Herserange - architecte Claude Prouvé


 

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