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Lorenzo DIEZ, directeur, accueille les jeunes architectes pour la remise des diplômes

10 avril 2012







" En préalable de cette 2ème cérémonie de remise des diplômes d'Etat d'architecte qui nous réunit tous ce soir, permettez-moi de partager avec vous une pensée pour deux personnalités majeures du monde de l'architecture qui se sont éteintes en ce début d'année 2012. Je veux parler de Claude Prouvé, fils de Jean Prouvé, qui nous a quittés le 9 janvier à l'âge de 82 ans et de Henri Prouvé, son oncle, disparu dimanche dernier à l'âge de 96 ans. L'un comme l'autre ont grandement oeuvré à la re-construction de notre région Lorraine. Ils ont participé à maintenir un niveau d'exigence, d'engagement et d'innovation architecturales. Nous devons le garder en ligne d'horizon afin de continuer à bien former les architectes de demain et leur permettre de s'épanouir sur nos et aux services de nos territoires.

L'histoire a voulu que nous ne fassions pas de cérémonie 4 années durant et c'est ce qui nous offre finalement l'occasion d'être rassemblés si nombreux ce soir. Nous allons en effet célébrer la réussite académique de plus de 250 diplômés répartis sur les années 2008, 2009, 2010 et 2011. Il y a quelques années de cela une remise de diplômes n'était pas courante dans les écoles d'architecture. À la faveur de la réforme ambitieuse portée par les 20 écoles nationales françaises en 2005, elle le deviendra très certainement. En effet, on ne le mesure pas encore totalement, mais la réforme LMD, qui a définitivement hissé nos écoles au rang universitaire par une double inscription de nos formations dans un paysage scientifique et professionnel, a emporté des modifications importantes :
semestrialisation des enseignements, poursuite d'étude ou insertion professionnelle rendues possible à chaque niveau de diplôme, mobilité internationale renforcée, doctorat, mais surtout la disparition d'un petit « T ». Celui de TPFE, ce « T » qui était la porte ouverte pour des années d'errances et de recherche avant de soutenir individuellement devant amis, familles et enseignants ce qui allait devenir la première pièce d'une carrière professionnelle. Avec le PFE, plus de temps en trop : 6 mois de travail intensif, en groupe, pour une soutenance collective réduite parfois à son minimum malgré toute la bonne volonté de vos enseignants. Pire, disparition des flûtes de champagne et des petits fours, des accolades parentales émues et des applaudissements confraternels.

Voilà c'est juste pour rétablir cet impardonnable vide créé par une réforme par ailleurs imaginée dans un pays pourtant plein de « savoir-vivre », que nous avons décidé de vous offrir une cérémonie de remise des diplômes.

Ce que nous célébrons ce soir, bien sûr, c'est la réussite collective d'une école engagée à vos côtés pendant cinq années, 3400 heures de cours, 150 voyages d'études partout en Europe et au-delà, 5000 nuits blanches ou presque, plus de 4 terrains de foot d'impressions chez Marc, environ 75 apéros du jeudi soir... Ce que je tiens à célébrer tout particulièrement c'est la réussite individuelle de chacun de vous quelle qu'elle soit et où qu'elle soit.
Nous avons travaillé inlassablement à révéler vos individualités, à les conforter, à les affirmer afin de laisser le soin à chacun de vous de construire son propre regard sur notre monde. Vous vous êtes forgés vos propres moyens d'échange avec l'autre et vos propres ambitions pour transformer ensemble notre environnement.

Pour cela vous avez eu un compagnon d'étude omniprésent : le « projet ». Ah le « projet », le sacro sein « projet »... celui qui à force d'être dans la bouche et les esprits de tous finit par être une fin en soi. Ce « projet » dont seuls nous les architectes comprenons le sens ! Seuls ? Quel drame, non ?

Et bien je vais vous faire une confidence. Comme vous, j'ai eu la chance de goûter à l'apprentissage de la conception architecturale et urbaine lors des mêmes études d'architecte. J'y ai pris énormément de plaisir et trouvé de nombreuses réussites. Particulièrement lorsque à force d'engagement, de persévérance, d'enthousiasme et d'empathie se dessinent, au delà des contraintes, un sens, un souffle, un espace habitable et partageable... Un supplément d'âme dirait-on ?

Cette attention à regarder au-delà des problèmes pour toujours tenter de trouver une solution, c'est ce qui fait qu'en architecture on ne parle pas « d'affaires » mais de « projets ».
Vous avez donc acquis savoirs, savoir-faire et savoir-être qui vous permettent de déterminer avec les habitants, une architecture socialement consciente, intellectuellement active et économiquement viable.

Maintenant il faut passer du « projet » à la « réalisation » n'est ce pas ? J'en vois déjà qui commencent à s'angoisser ? Je vais vous faire une autre confidence alors. J'ai eu la chance d'être l'un des derniers élèves de Jean-Pierre EPRON, l'architecte, chercheur et enseignant qui a fondé cette école. De cette figure hors pair j'ai appris qu'il n'y a pas une réalisation d'un projet, mais bien de nombreuses réalisations possibles, plusieurs manières de réaliser et même plusieurs manières de se réaliser. Le projet et sa réalisation sont bien plus souvent que vous ne pourrez l'imaginer le fruit d'un contexte qui nous dépasse parfois largement. Ne l'oubliez jamais, vous avancerez dans la vie avec humilité et aisance, sachant saisir tout aléa comme un avantage.

Vous êtes donc tous architectes. Vu de dehors c'est tellement simple : plaque de bronze gravée, concours publics, souris-écran, traceuse, DCE, entreprises, bottes de chantier, réception, réserves, levées des réserves, inauguration, procès.
Ne soyez pas étroits d'esprit, les connaissances, savoir-faire et savoir-être que vous avez acquis ici sont mobilisables pour toutes sortes de pratiques et même de métiers. N'en soyez pas convaincus par dépit mais par choix surtout si vous aimez le « projet » car finalement il est partout. Notre société a besoin de souffle, de possible. Soyez-en les témoins dans le respect des identités de chacun.
Combattez cette idée saugrenue que l'architecte est un créateur isolé. Il n'y a pas de liberté du créateur, mais une aptitude à l'écoute, la synthèse et la métamorphose... Une éclaircie possible au-delà des mornes normes !

Continuez donc à chercher vos contours. Sachez vous positionner c'est la seule manière de pouvoir travailler avec d'autres disciplines. Parlez d'architecture avec des mots simples comme avec des mots savants ; sachez assurer, rassurer et faire partager vos exigences.

Agissez mais prenez le temps de réfléchir régulièrement sur le sens de votre action. Réfléchissez mais pas seulement, soyez force de proposition comme nous vous l'avons appris.

Enfin, j'espère que vous aurez la simplicité de nous raconter régulièrement ce que vous faites plutôt que de disparaître. J'espère que vous dépasserez une fausse pudeur qui vous empêcherait de nous faire part de vos réalisations quelles qu'elles soient. Cultivez la recherche qu'elle soit théorique ou pratique, partagez-la, elle est appelée à nourrir l'enseignement de notre école. Vous l'aurez compris, cette école doit rester votre école. Garder le lien, revenez pour un doctorat, une formation continue, une conférence, pour recruter ou encore pour les 50 ans en 2020 !

Je voudrais maintenant pour terminer adresser quelques remerciements. Tout d'abord à nos contributeurs : confrères, entreprises, communauté urbaine, conseil régional, chaque année plus nombreux à soutenir l'école et son projet scientifique, professionnel et pédagogique. Ensuite l'ensemble du personnel de notre école, enseignants, agents administratifs, tous engagés dans cette belle aventure de l'enseignement supérieur au service des métiers de l'architecture. Enfin, vous les parents et amis. Votre soutien est pour beaucoup dans chacune de ces réussites et épanouissements. Vous voilà cependant au seuil de leur nouvelle vie. Au seuil d'une nouvelle maison dans laquelle vous ne pourrez pas les suivre même dans vos rêves. Merci.

Chères consoeures, chers confrères, (l'ordre des architectes ne m'en tiendra pas rigueur j'espère)
Félicitations, bon courage et bon vent à tous.
Je vous adresse tous mes voeux de bonheurs professionnels comme personnels.
Soyez bon citoyens, engagés et surtout... soyez diplomates et habiles!

Vive l'architecture ! "

Lorenzo DIEZ
Directeur de l'ENSarchitecture de Nancy


 

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