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Vive l’architecture, celle qui permet l’amour et la paix !

19 novembre 2012





Lorenzo DIEZ, directeur de l'ENSarchitecture de Nancy, s'est vu décerner les insignes de Chevalier de l'Ordre des Arts et Lettres des mains du Préfet de Meurthe-et-Moselle. Dans son discours, Lorenzo DIEZ a souhaité remercier tous ses collaborateurs et interlocuteurs en revenant sur son parcours d'architecte des Bâtiments de France, puis de celui de directeur de l'ENSarchitecture de Nancy.

Il a conclu en disant son ambition de voir éclore une École lorraine d'architecture pour faire de la Grande Région un foyer de création et d'innovation architecturales.

Mesdames, Messieurs,

L'insigne de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres qui se trouve épinglé au revers de mon costume est en quelque sorte un bout d'histoire qui prend naissance au tournant du millénaire. Je sortais de plusieurs années de maîtrise d'oeuvre passionnante qui m'avaient permis de naviguer entre logements sociaux pour ferrailleurs-récupérateurs ex-gens du voyage et restauration-recontruction d'une grande basilique épicentre de la renaissance économique et spirituelle de l’Europe médiévale.

Deux années de réflexion m'ont été nécessaires pour prendre une vraie décision. Celle de quitter la maîtrise d'oeuvre, l'art de l'édification, pour servir ailleurs l'architecture. Pour un architecte, c'est un choix difficile qui peut vite tourner au vinaigre tant l'activité de construire reste heureusement le coeur de ce savoir comme de ce métier.

En devenant architecte et urbaniste de l'Etat en 2000, affecté au Ministère de la Culture et de la Communication, j'avais la réelle intuition que quelque chose d'utile et de beau pour l'architecture s'ouvrait devant moi, comme si, paradoxalement, il fallait opérer un déplacement hors de cet univers pour mieux le servir et le porter.

Eh bien je dois l'avouer, depuis 12 ans je n'ai jamais été déçu...

J'ai commencé par ce beau métier d'architecte des bâtiments de France. Huit années au service de nombreux germes d'architecture. J'en retiens les nombreux moments de dialogues de projet avec mes confrères, toujours enrichissants, mais surtout le débat avec les élus, un encouragement de tous les jours à les aider à s'approprier la question de l'architecture, à prendre des risques architecturaux.

Cette insigne est pour moi l'occasion de saluer ces élus qui m'ont supporté, dans leurs bureaux et sur le terrain, pendant toutes ces années. C'est l'occasion aussi de saluer mes confrères ABF, installés sur l'ensemble du territoire, participants avec toute leur compétence et énergie à la valorisation des territoires, à la mise en valeur du patrimoine et à la promotion de la création architecturale.

Au cours de ces années au service de l'architecture et du patrimoine qui m'ont permis de parcourir plusieurs régions françaises, je me suis vu proposer de rejoindre l'équipe enseignante de l'Ecole de Chaillot, une école de spécialisation au patrimoine, de renommée internationale et qui fête cette année ses 125 ans. Il s'agissait, sans le savoir, d'un premier pas vers ma destinée actuelle. C'est vrai que la question de l'enseignement m'a toujours intéressé.

A l'École de Chaillot, je découvre tous les jours la richesse de l'enseignement post-master au contact d'étudiants-architectes venant de toutes les écoles françaises (un merveilleux observatoire).

Cette insigne est pour moi l'occasion de saluer tous mes collègues de la colline avec lesquels j'ai plaisir à enseigner au coeur de la formidable vitrine internationale que constitue la cité de l'architecture et du patrimoine.

Après 12 années d'aventures et d'engagement en faveur de l'architecture, cette distinction arrive pour moi au milieu de ce parcours actif au service de l'architecture,… et pour reprendre les mots amicaux reçus, je les reçois comme une invitation à continuer (voire à persévérer).

Depuis 2009, j'ai le grand honneur d'être à la tête de l'une des vingt écoles d'architecture nationales supérieures françaises. C'est aujourd'hui pour moi un bon port d'attache. Après avoir porté un regard attentif sur des germes d'architecture, puis mis un premier pied dans l'enseignement, me voilà en charge de protéger, soutenir et accompagner le déploiement de germes d'architectes.

L'école d'architecture de Nancy c'est « une belle maison, renommée » comme le disait un journaliste récemment. Elle accueille aujourd'hui 700 élèves, délivre 7 diplômes, dispose de 2 laboratoires, de 33 enseignants titulaires en majorité architectes de formation, une équipe administrative et technique engagée, et d'un « A+ » de l 'AERES.

C'est une maison qui s'est fondée en 1970 par extraction de l'école des beaux-arts au motif notamment d'un projet académique ambitieux porté par Jean-Pierre Epron. Ce projet, aujourd'hui réalisé, était de construire l'architecture comme savoir et non pas seulement comme métier. Jean-Pierre Epron, dont je me sens particulièrement proche, peut-être parce que j'ai été l'un de ses derniers élèves, disait « il n'y a pas d'enseignement sans savoir constitué ». Partant de là, il a installé une véritable culture de la recherche dans cette école, la propulsant en tête de l'ensemble des Unités Pédagogiques d'architecture de cette époque en France. Avec son enthousiasme, il a su emporter l'ensemble de l'équipe d'architectes-enseignants qu'il formait pour les 40 années qui suivaient dans des pratiques de recherches, libérant les énergies de tous et pour tous.

Aujourd'hui, 40 ans après, nous poursuivons cette ambition. Ambition qui vise à conforter plus particulièrement ce qui fait la spécificité d'une école d'architecture : son assise professionnelle, scientifique et culturelle. Ambition qui vise à positionner l'école comme un établissement d'enseignement et de recherche inter-régional et transfrontalier avec la Grande Région SarLorLux. Ambition qui vise, avec notre formation doctorale déjà existante à l'école, à mettre en oeuvre le tout nouveau « doctorat en architecture ». Ambition enfin qui nous a amenés à inventer la Folle journée de l'architecture, un évènement unique en France où, pour répondre au souhait de notre Ministre de tutelle, nous invitons notre public, les enfants surtout, à venir jouer à l'architecte. En trois années d'existence, la FJA s'est installée dans le cadre de la Fête de la Science comme un véritable rendez-vous régional de l'architecture pour tous avec plus de 30 ateliers pédagogiques sur 5000 m2. C'est un véritable « Moments d'invention ».

Après ces trois premières années passées à la direction de l'école nationale supérieure d'architecture de Nancy, cette insigne est pour moi l'occasion de saluer les acteurs qui en assurent la vie au quotidien :

Saluer les enseignants, tous chercheurs dans les théories et dans les pratiques. Sur la colline de Chaillot, comme lors de mon travail quotidien à l'école, je vis et mesure toute la noblesse de ce métier, noblesse de transmettre des connaissances, noblesse de ce rôle d'accompagnateur (exigeant) qui sait déceler dans chaque élève une parcelle de lumière, qui aide à éclore les singularités et enfin à édifier pour s'édifier.

Je voudrais aussi saluer les étudiants, la relève architecturale. Je tenais à vous dire que je suis toujours impressionné et fier de voir votre engagement citoyen et professionnel et votre sérieux et votre imagination. Je suis impressionné aussi par votre habileté à parler d'architecture et accompagner nos publics qui viennent jouer à l'architecte lors de la FJA.

Je voudrais enfin saluer tous mes collaborateurs engagés et précieux. Ces équipes et personnes de haut niveau administratif et technique sont la cheville ouvrière qui permet que l'école soit réactive et que les idées deviennent réalité.

Cette insigne est pour moi aussi l'occasion de remercier les partenaires de l'école :

Remercier l'Université, avec laquelle nous entretenons une collaboration de longue date, inscrite dans les gènes de l'école par son fondateur. Collaboration qui nous a permis de monter 3 master co-habilités qui bénéficient d'un beau succès, un 4ème bientôt sur les villes et territoires en transformation (VTT). Avec l'Université de Lorraine créée récemment, une nouvelle impulsion doit être donnée. Il nous faut aller plus loin... L'université doit pouvoir bénéficier pleinement de l'attractivité que peut offrir une école d'architecture dans son paysage de formation (ce qui n'est pas le cas de toutes les régions). Nous avons besoin aussi de l'université pour maintenir et développer la recherche en architecture. Pour assurer la présence et la pérennité d'enseignants habilités à diriger des recherches, leur proposer des perspectives de carrières afin que nos doctorants n'aillent pas grossir les troupes d'autres universités.

Remercier le Rectorat, avec lequel nous développons depuis de nombreuses années, avec le soutien de la DRAC, l'éducation à l'architecture. Depuis quelques années, grâce à l'impulsion donnée par la FJA, notre collaboration se développe notamment au travers du projet « édifier pour s'édifier », une cordée de la réussite qui réunit les acteurs de l'éducation du bassin du toulois… Là aussi, il nous faut aller plus loin et construire un véritable programme, ambitieux et coordonné, d'éducation aux arts et à l'architecture en s'appuyant sur les deux écoles nationales supérieures Culture, véritable atout pour notre région. L'éducation à l'architecture, dans le sens qu'elle permet à tout un chacun de percevoir, apprécier et agir sur son espace quotidien, participe de l'éclosion de futurs citoyens, investis dans la cité et le mieux-vivre ensemble.

Remercier la Profession et les architectes. Ils sont maintenant plus de 1500, formés à l'école et oeuvrant pour le compte de multiples maîtres d'ouvrages dans la région et bien au-delà. Qu'ils soient maîtres d'oeuvres, urbanistes, designers, ingénieurs ou artistes, chacun pose un regard attentif sur notre cadre de vie. S'ils recherchent à construire, ce qui semble légitime, ils nous aident aussi à construire la recherche, à rendre notre enseignement chaque année plus efficient, à assurer et maintenir le formidable taux d'insertion professionnelle de nos jeunes diplômés.

Remercier les Entreprises, partenaires essentiels d'un enseignement très ancré dans le concret. Si l'école forme 700 prescripteurs potentiels, elle ne peut le faire sans l'aide des entreprises afin de relever les défis de l'innovation devant lesquels est placée l'architecture notamment à l'ère du développement durable. Ces coopérations devraient trouver leur épanouissement dans le projet NIT InoCité sur le site des anciens abattoirs et notamment avec la Grande Halle d'expérimentation. Il est temps à mon sens de retrouver le moment des alliances fécondes entre architectes et entrepreneurs autour de l'oeuvre qui nous réunit.

Remercier enfin les Collectivités territoriales, les services déconcentrés de l'Etat, les chambres consulaires, les bailleurs sociaux et les associations, dans leurs richesses et leurs diversités. Au delà du soutien régulier qu'elles apportent à nos formations et à nos recherches, elles nous permettent de rendre activable les connaissances, de maintenir des enseignements aux prises avec les territoires comme c'est le cas avec la Semaine architecture et patrimoine qui depuis quelques années se déroule dans les villes de Champagne-Ardenne, de faire de l'école un laboratoire d'idées au service des collectivités comme par exemple la Semaine internationale d'architecture qui, depuis 19 ans, convoque à Nancy, sur des problématiques urbaines et architecturales, les meilleurs architectes émergents dénichés « all over the world ».

Tout cela pour quoi me direz vous ? Pourquoi l'école d'architecture s'entoure-t-elle d'autant de partenaires ?

Parce que l'architecture est d'intérêt public et qu'elle ne saurait donc être qu'une affaire d'architectes à vivre entre architectes. Parce que nous devons continuer à produire des professionnels d'excellence capables de relever les défis du XXI siècle où le quotidien des uns et des autres se développe dans des environnements bâtis. Parce qu'il nous faut continuer à former des architectes aptes à réunir ce qui pour certains apparaît comme des contraires tels que celui des sciences et des arts.

Tout cela est possible si nous re-construisons un ancrage fort avec l'architecture en tant que métiers afin de « livrer » des professionnels toujours plus compétents capables de relever, avec les acteurs des territoires, les défis des mondes urbains en mutation. Tout cela est possible aussi si nous poussons la recherche au plus loin en l'ancrant de façon innovante sur les pratiques professionnelles. En explorant par exemple les mutations et impacts de la ville numérique sur la conception et les pratiques de l'espace avec l'un de nos laboratoires spécialisé dans les outils numériques appliqués à l'architecture.

Vous l'aurez compris, l'ambition est de passer pour les années à venir d'une école d'architecture de Nancy à une École Lorraine d'architecture. Une École au sens large qui, en fédérant l'ensemble des acteurs de la construction et de l'aménagement du territoire, se fixerait comme ambition, dans la lignée des grands concepteurs de cette région, de faire de la Lorraine, voire de la Grande Région, un foyer émergent de création et d'innovation architecturales. La première marche de ce projet est en cours de définition avec un grand programme de recherche sur l'architecture de la grande région porté par notre autre laboratoire spécialisé dans l'histoire de l'architecture et de l'urbanisme.

Alors comment vous le dire ? Oui, « utilisez des architectes », nous les formons au mieux avec votre aide. « N'ayez pas peur de l'architecture » comme nous y invite l'ordre des architectes dans son récent slogan. Construire est certes un acte douloureux. Mais prendre les services d'un architecte, c'est se donner les moyens de donner sens à cet investissement collectif et personnel. De donner un sens, une valeur d'usage au delà des contraintes, une éclaircie dans le ciel assombri des normes. C'est se donner les moyens de passer de la complexité à la simplexité.

Voila, après 12 années au service de l'architecture, je suis très honoré de me voir décerner, par notre Ministre de la Culture et de la Communication, ce grade de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres. Et s'il m'est donné de recevoir cette insigne de vos mains, Monsieur le Préfet, permettez-moi de ré-affirmer deux choses qui me tiennent à coeur :

La première, c'est de remercier la République qui me permet, ainsi qu'à tous mes collègues fonctionnaires de l'enseignement, au delà de notre devoir de réserve et de neutralité, de bénéficier pleinement d'une de ces premières valeurs : la liberté. J'apprécie cette forme de liberté comme tous mes collègues et confrères enseignants. Une liberté indispensable pour pouvoir oeuvrer quotidiennement à l'enseignement de l'architecture comme savoir et comme métier.

La seconde, c'est l'importance qu'il y a aujourd'hui plus que jamais à maintenir l'architecture dans votre paysage de préoccupations. L'architecture participe à l'aménagement durable et équitable des territoires, elle est le creuset de la cohésion sociale et culturelle. Je sais que le modèle économique des architectes est difficile. Je sais aussi que le modèle culturel d'une société sans architecture n'est pas viable à terme et plus particulièrement dans une société profondément urbaine qui a fait le choix du développement durable.

Vive l'architecture, celle d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

celle qui permet le vivre ensemble,

celle qui permet l’éveil de l'enfant vers un avenir de citoyen,

celle qui réunit des bâtisseurs autour d'un chantier,

celle qui accueille et permet l'éclosion de l'amour et de la paix !

 

"

 

Lorenzo DIEZ, directeur de l'ENSarchitecture de Nancy, novembre 2012.



 

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