EXPOSITIONS     

Élise Flick / Poétique de l’impur

24 avril 2013

ÉLISE FLICK /
POÉTIQUE DE L’IMPUR

EXPOSITION PRÉSENTÉE À LA GALERIE BLANCHE DE LA PREMIÈRE RUE DU 12 AVRIL AU 7 JUIN 2013 À L’UNITÉ D’HABITATION « LE CORBUSIER » DE BRIEY-EN-FORÊT

« Il faisait noir encore, déjà. J’ai longé un panneau publicitaire longiligne et sans fin, une barrière de chantier illuminée de blancheur qui en faisait un trait éblouissant. De l’autre côté, des saules alignés créaient avec leurs branches un plafond protecteur.Plus tard, au bout de ma promenade, j’atterrissais dans le parc d’une luxueuse résidence. La nuit tombée était dense et lourde. Le silence emplissait l’espace. Seules flottaient des milliers de petites guirlandes immobiles qui avaient été posées sur des haies de buis noirs. Comme je ne distinguais rien, pas même mes pieds, ni les arbustes, ni les parois lointaines des bâtiments, les lampions minuscules semblaient suspendus autour de ma taille, comme ensorcelés. Ils m’avaient tissé une robe de lumière immense... ». Élise Flick

Il peut paraître étrange de présenter un travail d’écriture au travers de photographies. À vrai dire, les images que nous exposons ne sont pas tout à fait des photographies, même si elles partagent avec elles l’essentiel : une lumière équivoque, fade au-dehors, mouvementée au-dedans / une impression flottante - définie, mais lointaine... Le flou est ici le corollaire d’une exigence de précision qui disperse la forme en nuages d’éléments singuliers pour dire, sans préjugés, la beauté des choses. Les images d’Élise affleurent au sein d’une étendue paysagère continue, faite de mise à distance et d’intériorité, d’analyse attentive et de proximité troublante. Elles constituent les miroirs épars d’un texte quotidiennement formulé, qui n’a rien à voir, malgré son mode de production apparent, avec un journal de bord. Sur la profondeur sourde des mots, les images nagent en surface, détachées, libres, au hasard d’un long dépaysement. L’appareil photographique, comme une caméra embarquée, enregistre dans les limites de sa technologie défaillante ce paysage qui nous absorbe et dont les mots d’Élise restituent les configurations mouvantes au sein d’un territoire secret qui en constituerait le double. Parfois la lumière pénètre dans le boîtier par effraction et impose, par soustraction de la chair altérée de l’image, un format carré. Peu importe. Le reste de la série demeure dans la convention apaisée du paysage. Dans ce monde incertain, dont nous saisissons de jour en jour la violence, apprivoiser l’espace et les pratiques qui s’y nouent, même avec un bric-à-brac de fortune, s’apparente à un rituel de survie. Par-delà l’aura ternie des images, Élise nous transmet de ce monde inconnu quelque chose comme un souffle...

Joseph Abram
commissaire de l’exposition
Diplômée de l’ENSA-Nancy, Élise Flick a passé une année en Italie, à la Faculté d’Architecture de Florence, et travaillé dans différentes agences d’architecture à Londres, à New York et à Pékin.

 

 



 

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